Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/103

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danse effrénée au milieu d’une autre clairière, située non loin de la pelouse où ils venaient de festoyer… Ronan, se rapprochant alors de l’ermite laboureur et de l’esclave, toujours assise son menton dans sa main, les yeux levés vers le ciel, dit joyeusement :

— Veux-tu danser, petite Odille ? La ronde est commencée ; elle durera jusqu’à l’aube…

La jeune fille secoua mélancoliquement la tête sans répondre, contemplant toujours le ciel.

— Odille, qu’as-tu à rêver ainsi en regardant la lune ?

— Le sommeil me gagne, et je songe au vieux bardit que ma mère me chantait pour m’endormir quand j’étais petite.

— Quel est-il ce bardit ?

— Oh ! il est bien vieux, bien vieux… disait ma mère ; on le chante en Gaule depuis cinq ou six cents ans…

— Et il se nomme ?

— Le bardit d’Hêna, la vierge de l’île de Sên.

— Le bardit d’Hêna ! — s’écrièrent à la fois l’ermite et le Vagre en tressaillant.

Puis ils se turent, pendant qu’Odille, étonnée de leur silence et de l’émotion qui se peignait sur leur figure, les regardait en disant :

— Vous savez donc aussi le chant d’Hêna !

— Chante-le toujours, mon enfant, — répondit Ronan d’une voix altérée…

La petite Odille, de plus en plus surprise, ne reconnaissait pas son ami : le hardi et joyeux Vagre était devenu pensif et grave.

— Oh ! oui, mon enfant ; dis-nous ce bardit avec ta douce voix de quinze ans, — reprit l’ermite ; — mais pas ici… Le tumulte de la danse et de l’orgie de là-bas, quoique lointains, couvriraient ta voix.

— L’ermite a raison… Viens avec nous, petite Odille, sous ce grand chêne, à quelques pas d’ici… il est entouré d’un tapis de mousse ; tu pourras t’y endormir mollement… je te couvrirai de mon manteau…