Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/113

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— J’aime ces ermites, à la fois laboureurs et soldats, fidèles aux préceptes de Jésus, à l’amour de la vieille Gaule et à l’horreur des Franks… Ces moines se battaient rudement, dis-tu… étaient-ils donc armés ?

— Ils avaient des armes… et mieux que des armes…

— Que veux-tu dire ?

— Tiens, — dit l’ermite en sortant de dessous sa robe une espèce de petit sabre ou de long poignard à poignée de fer, — remarque cette arme… mais, je te le dis, sa force n’est pas dans sa lame.

— Où est donc cette force ? demanda Ronan en examinant le poignard. — L’arme semble pourtant bien trempée…

— Ce n’est point, te dis-je, par la lame qu’elle vaut, mais par les mots gravés sur sa poignée.

— Je lis, — reprit Ronan, — je lis sur l’un des côtés de la garde ce mot : ghilde, et sur l’autre, ces deux mots gaulois : amintiaiz-communitezamitié-communauté… C’est sans doute la devise des ermites laboureurs ?

— Peut-être…

— Mais ce mot ghilde, que signifie-t-il ? il n’est pas gaulois ?

— Non, il est saxon…

— Ah ! c’est un mot de la langue de ces pirates, qui descendant des mers du Nord, en suivant les côtes, remontent souvent le cours de la Loire pour ravager les pays riverains… Ce sont de terribles pillards, mais d’intrépides marins !… Venir ainsi des mers lointaines, dans des canots si frêles, si légers, qu’au besoin ils les portent sur leur dos ; on dit qu’ils ont remonté plusieurs fois la Loire jusqu’à Tours ?

— Oui, puisque aujourd’hui la Gaule est en proie aux barbares du dedans et du dehors.

— Mais ce mot saxon ghilde, gravé sur le fer, est-ce lui qui, selon tes paroles, fait la force cette arme ?

— Oui… car ce mot peut opérer des prodiges…