Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/130

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rompu aux pénibles labeurs ; oui, la femme aux mains blanches, au teint délicat, et la femme aux mains gercées par le travail, au teint brûlé par le soleil, devenaient ainsi, par l’esclavage, sœurs de honte et de déshonneur, jetées pleurantes, et, si elles résistaient, saignantes, dans la couche du seigneur frank.

Oh ! nos pères !… oh ! nos mères !… par tout ce que vous avez souffert !… oh ! nos frères et nos sœurs !… par tout ce que vous souffrez !… oh ! nos fils !… oh ! nos filles !… par tout ce que vous souffrirez encore !… oh ! vous tous, par les larmes de vos yeux, par le sang de votre corps, par le viol de votre chair, vous serez vengés !… Vous serez vengés de ces Franks abhorrés !… dût cette vengeance terrible, aussi implacable qu’elle est juste, frapper dans des siècles la race de nos conquérants !…

Bien dit, mon Vagre !… Mais, fou révolté, tu comptes sans les évêques !… Les entends-tu ? les entends-tu ?…

« — Ô pieux évêques, ma maison est pillée, mon père égorgé, nous voici, moi et les miens, réduits à l’esclavage !… »

« — Bénissez Dieu, mon fils, de vous envoyer de pareilles épreuves ! bénissez Dieu !… »

« — Les Franks ont violé ma fille sur le corps de sa mère éventrée ! »

« — Épreuve ! épreuve !… bénissez Dieu !… »

« — Quoi ! pas de vengeance contre ces Franks ?… quoi ! ne pas leur demander œil pour œil, dent pour dent ?… »

« — Non, mon fils ; les Franks sont orthodoxes et confessent la sainte Trinité, ils expient leurs crimes en enrichissant les églises et les prêtres du Seigneur, moyennant quoi nous remettons à ces fidèles leurs gros péchés… Bénissez donc les maux qu’ils vous font, mon fils ; c’est votre salut qu’ils font. »

« — J’écouterai ta voix, saint évêque, je bénirai les Franks, divins instruments de mon salut, je chérirai les épreuves qu’ils me font subir par votre volonté, ô mon doux Seigneur ! merci donc,