Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/131

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Dieu souverainement juste et bon ! merci ! faites, s’il vous plaît, qu’il en soit ainsi de ma descendance à travers les siècles ! oui, faites, s’il vous plaît, que ma race, écrasée sous le joug des Franks, pleure, gémisse et saigne toujours ainsi, d’âge en âge, à cette fin qu’à force de maux, de misères, de désastres, elle gagne comme moi son paradis, selon que nous le promettent vos prêtres, ô Dieu tout-puissant qui souriez d’un air si paterne à mes tortures ! grâces vous soient à jamais rendues ! Amen. »

À la bonne heure, mon orthodoxe, voilà parler ! Patrie, liberté, honneur, famille, race, vaillance, fierté, gloire d’autrefois, oublie tout, oublie tout ; fais mieux, crois-moi, arrache de ta poitrine ton cœur gaulois ; il pourrait, malgré toi, tressaillir encore à notre opprobre ; ouvre aussi tes quatre veines, quelques gouttes du valeureux sang de nos pères pourraient y couler encore. Remplace ce sang vermeil et chaud par l’eau glaciale du baptistère de tes évêques, après quoi courbe le front, tends le dos et marche sans broncher au paradis.

En attendant que tu y arrives au paradis, mon catholique, entrons dans le burg de ton seigneur… Foi de Vagre ! par la sueur et par le sang de tes pères qui ont suinté sur chaque poutre, sur chaque pierre de cette bâtisse, c’est un commode, vaste et beau bâtiment que ce burg du seigneur comte ! douze poutres de chêne, bien arrondies, supportent le portique ; il conduit à la salle du Mâhl, ainsi que ces chefs barbares appellent le tribunal où ils rendent leur justice seigneuriale (B), salle immense, au fond de laquelle, sur une estrade, est élevé le siège du comte et le banc de ses leudes qui l’assistent. Là, il tient son mâhl, où se jugent les délits commis dans son domaine ; dans un coin on voit un réchaud, un chevalet et quelques tenailles ; pas de bonne justice sans torture et sans bourreau. Puis, là bas, vois, dans ce coin à fleur de terre, une grande cuve remplie d’eau, et si profonde, qu’un homme s’y pourrait noyer ; non loin de la cuve sont neuf socs de charrue, posés sur le sol. Qu’est-ce