Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/140

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et des fers ardents, selon notre loi des Franks-Saliens, loi qui régit aujourd’hui la Gaule, notre conquête ?

— Tu as raison, comte… Après boire ce divertissement en vaut un autre.

— Noble seigneur, puisque tu parles de la loi salique, je te dirai que j’ai reçu, il y a quelques jours, un parchemin curieux, où est écrit son préambule en termes pleins de foi et d’orthodoxie.

— Alors, mon clerc, tu nous liras ceci au mâlh, avant le jugement, ce sera fort à propos ; après quoi, selon l’usage, tu conjureras au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, l’eau et le feu de manifester la vérité par la volonté de Notre-Seigneur Dieu…

— Glorieux comte…

— Que me veux-tu, clerc ?

— Vous vous rappelez… car vous-même m’avez instruit de votre pieuse promesse… vous vous rappelez votre vœu de faire bâtir une magnifique chapelle au lieu même où s’est accomplie la miraculeuse et céleste descente de notre bienheureux évêque Cautin ?

— On bâtira la chapelle, clerc, on la bâtira… Il n’y a pas d’ailleurs beaucoup de temps de perdu… voilà un mois à peine que j’ai fait ce vœu… Vous êtes toujours très-hâtés, vous autres gens d’Église, lorsqu’il s’agit de mettre à exécution les vœux ou les donations ; mon patron l’évêque m’a aussi plusieurs fois rappelé ma promesse de reconstruire sa villa épiscopale… puisqu’il affirme que le Seigneur Dieu lui a dit de sa divine et propre bouche, qu’il tenait fort à ce que les ravages de ces Vagres endiablés fussent réparés par moi, et que cela aiderait à mon salut…

— Douter des saintes paroles de notre bienheureux évêque serait un grand péché, noble comte ; ce serait là une tentation du malin esprit… dangereuse pour votre âme.

— Clerc, ne parlons pas du diable… Je me souviens toujours de cette épouvantable bouche de l’enfer qui s’est ouverte presque à mes pieds chez l’évêque Cautin… non, ne parlons pas du diable… je