Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/147

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— Ah ! le voici qui reparaît !

— Non, il replonge !

Cependant l’esclave surnagea et parvint à rester un moment sur l’eau, la figure crispée, livide, les cheveux ruisselants, les yeux hagards et renversés, comme un homme qui, d’un effort désespéré, échappe à la noyade ; il agita au-dessus de l’eau la seule main qu’il eût de libre, en criant :

— À moi !… au secours !… je me noie !…

Cet innocent oubliait, dans son effroi, que cette vie qu’il demandait était réservée au cruel châtiment du larcin, dont il restait désormais convaincu de par le jugement de Dieu… Ce grand scélérat fut retiré demi-mort de la cuve ; les Franks s’égayaient de plus en plus de ses contorsions et de l’expression de sa figure bleuâtre et encore épouvantée… Il tomba, gémissant, sur le sol.

— Mon fils, mon fils, je vous l’avais dit, — reprit le prêtre d’une voix menaçante, — c’est un grand péché que le larcin ! c’est un grand péché que le mensonge ! et voici que vous les avez commis tous deux, ces péchés ; puisque le jugement sacré du seigneur Dieu, dans son infaillible et divine vérité, vous déclare coupable.

— Va, misérable voleur ! — lui dit un de ses conjurateurs avec dédain et courroux, craignant sans doute d’être, lui et ses compagnons, châtiés comme les complices de Pierre. — Tu nous avais juré de ton innocence, nous t’avons cru et tu nous as trompés, le jugement de Dieu nous le prouve !… Va, infâme ! je te méprise ! je te hais !… Nous verrons avec joie ton supplice !…

— Je suis innocent ! je suis innocent !…

— Et le jugement de Dieu, blasphémateur ! — s’écria Justin. — Tu veux nous persuader que Dieu a menti !…

— Hélas ! je n’ai pourtant pas volé l’écuelle !

— Tais-toi, impie !… L’épreuve que je vais subir à mon tour, avec une confiance aveugle dans la justice du Seigneur, moi, Justin, va une fois de plus témoigner de ton crime !