Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/160

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que l’on prie pour Wisigarde et que la nuit elle ne vienne pas me 
tourmenter sous forme de fantôme !… Dès demain je ferai bâtir la chapelle dans les gorges d’Allange, en mémoire du miracle du bienheureux évêque Cautin, mon patron, et je ferai aussi rebâtir sa villa… Seigneur ! bon seigneur Dieu ! ayez pitié d’un pauvre pécheur !… Délivrez-moi cette nuit de la présence du diable et du fantôme de ma femme Wisigarde !…

Et voilà ce fervent catholique à genoux, hébêté par la terreur et par l’ivresse, se frappant avec furie la poitrine, attendant, plein d’une anxiété terrible, l’arrivée de son clerc.

D’après cette journée d’un noble comte dans son burg, voyez qu’elle est humaine, généreuse, éclairée, cette race des conquérants de la vieille Gaule ! Quel tendre attachement ils ont pour leurs femmes ! quel respect pour les doux liens de la famille et pour la sainteté du foyer domestique !… Ô nos mères ! viriles matrones si vénérées de nos aïeux ! fières Gauloises d’autrefois qui siégiez à côté de vos époux dans ces conseils solennels de l’État, où l’on décidait de la paix ou de la guerre ! mâles et austères éducatrices ! épouses chéries, vaillantes guerrières ! vierges saintes ! femmes empereurs !… Ô Margarid, Hêna, Meroë, Loyse, Geneviève, Ellen, Sampso, Victoria la Grande, réjouissez-vous ! réjouissez-vous d’avoir quitté ce monde-ci pour les mondes mystérieux où l’on va perpétuellement revivre !… Réjouissez-vous dans la fierté de votre cœur !… Quelle indignation ! quelle honte ! quelle douleur pour vos âmes de voir vos sœurs, quoique de races différentes et ennemies ; de voir des femmes, épouses de rois, de seigneurs, de guerriers, traitées, bonnes ou méchantes, avec autant de mépris ou de férocité, par leurs maîtres barbares, que si elles étaient leurs esclaves (M) !

Oui, les voilà ces Franks appelés à la curée de la Gaule par leurs complices, nos saints évêques !… les voilà, ces conquérants patronés, choyés, caressés, flattés, bénis par les prêtres du jeune homme de Nazareth, par tes prêtres, ô divin Christ ! toi qui n’avais que des pa-