Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/187

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d’une longue et forte chaîne de fer, il conduit un ours de belle taille, qui paraît d’ailleurs un paisible compagnon de route ; il suit son maître aussi docilement qu’un chien. Le bateleur s’arrête un instant au sommet de ce chemin montueux, d’où l’on découvre la plaine et la colline où est bâti le burg ; à ce moment, deux esclaves à tête rasée, courbés sous le poids d’un lourd fardeau, suspendu à une rame de bateau, dont chaque extrémité repose sur l’une de leurs épaules, s’avancent par un sentier, qui, à quelques pas de là, coupe et rejoint la route suivie par le bateleur ; il hâte alors le pas afin de rejoindre les esclaves ; mais ceux-ci, peu rassurés sans doute à la vue de l’ours qui suit son maître, s’arrêtent court.

— Mes amis, n’ayez pas peur, mon ours n’est point méchant ; il est fort apprivoisé.

L’appelant alors tout en raccourcissant sa chaîne :

— Viens ici près de moi, Mont-Dore !

À cet ordre, l’ours répondit en s’approchant et s’asseyant modestement sur son train de derrière ; puis il leva d’un air soumis la tête vers son maître, qui, debout devant lui, le cachait à demi aux esclaves… Ceux-ci, rassurés, reprirent leur marche et firent quelques pas au devant du bateleur, demeurant cependant, par prudence, à une certaine distance de lui et de son ours.

— Mes amis, quelle est cette grande demeure que l’on voit là-bas, enceinte d’un fossé ?

— C’est le burg du comte Neroweg, notre maître.

— Est-il au burg, aujourd’hui ?

— Il y est en grande et royale compagnie.

— En royale compagnie ?

— Chram, le fils du roi des Franks, y est arrivé ce matin avec sa truste ; nous venons de l’étang pêcher cette charge de poissons pour le souper de ce soir.

— Aussi vrai que j’ai la barbe grise, voilà une bonne aubaine pour un pauvre homme comme moi… je pourrai divertir ces nobles sei
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