Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/188

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gneurs en leur montrant mon ours et mon singe… Croyez-vous, mes enfants, qu’on me laissera entrer au burg ?

— Oh ! nous ne savons… aucun étranger ne passe ordinairement le fossé du burg sans l’ordre du seigneur comte ; il est très-défiant, et le pont gardé durant le jour est retiré chaque soir.

— Cependant, cet hiver, il est aussi venu un montreur de bêtes, et le seigneur comte s’est amusé à les voir.

— Alors, il ne refusera pas ce soir d’offrir un pareil divertissement à son royal hôte…

— Il se peut… En ce cas l’amusement de ce soir aidera ces seigneurs à attendre l’amusement de demain.

— Lequel ?

— Le supplice des quatre condamnés d’aujourd’hui : Ronan le Vagre, l’ermite laboureur, moine renégat en Vagrerie ; une petite esclave, leur complice, et l’évêchesse, une damnée sorcière, autrefois la femme de notre bienheureux évêque Cautin.

— Ah ! l’on a pris des Vagres par ici, mes amis ?… Et ils ont été condamnés aujourd’hui ?

— Le mâlh s’est assemblé tantôt, le fils du roi et notre saint évêque y assistaient… Ronan le Vagre et l’ermite ont été d’abord mis à la torture…

— Ils refusaient donc d’avouer qu’ils avaient couru la Vagrerie ?

— Non… Ronan le maudit s’en vantait, au contraire.

— Alors, pourquoi la torture ?

— C’est ce que disait le fils du roi ; il ne voulait pas la torture pour Ronan le Vagre ; il s’y opposait de toutes ses forces.

— Mais notre saint évêque a prétendu qu’une vérité arrachée par la torture était plus certaine, puisque c’était comme le jugement de Dieu… Alors personne n’a osé aller contre la volonté du saint homme.

— Aussi l’on a plongé, par son ordre, les pieds du Vagre et de l’ermite dans l’huile bouillante… et ils ont avoué une seconde fois.