Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/190

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vais esclaves, assez nombreux, dit-on, qui prennent parti pour les Vagres.

— Les Vagres sont des démons, nous voudrions les voir torturer jusqu’au dernier ; ce sont les ennemis des évêques, nos bons pères, et des Franks, nos seigneurs.

— Votre maître est donc humain pour vous ?

— Il est d’autant meilleur maître, nous a dit son clerc, qu’il nous fait plus souffrir, puisque la souffrance ici-bas nous assure le paradis…

— Vous ne pouvez, mes enfants, manquer de faire ainsi votre salut… J’espère que tous vos compagnons du burg sont, comme vous, résignés à leur sort ?

— Il est des impies partout… Plusieurs d’entre nous iraient, s’ils pouvaient, courir la Vagrerie ; ils ne respectent pas nos saints évêques, haïssent nos seigneurs les Franks, et se révoltent d’être en esclavage ; mais nous les dénonçons au clerc de notre comte, et quand nous pouvons, nous les faisons cruellement châtier, en attendant pour eux l’enfer éternel !…

— Vous êtes, je le vois, des compagnons vraiment chrétiens, et ces mauvais esclaves-là ne sont pas, je l’espère, en grand nombre parmi vous, au burg ?

— Oh ! non… ils sont quinze ou vingt peut-être, sur cent que nous sommes pour le service de la maison ; car le comte, notre seigneur, a plus de quatre mille colons et esclaves laboureurs sur ses domaines.

— Allons, mes enfants, il me semble que cela me porterait bonheur, à moi, pauvre homme, de passer quelques heures dans une maison ainsi peuplée d’esclaves selon Dieu… Et puisque vous me précédez au burg, annoncez ma venue au majordome du comte… Si ce noble seigneur veut se divertir de mon ours, il fera donner des ordres pour que je puisse pénétrer dans l’enceinte.

— Nous allons annoncer ta venue, bateleur… le majordome décidera…