Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/196

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— Enfants ! voilà de la cervoise, du vin, de la venaison, du pain de pur froment. Mangez, buvez, tous doivent être ici, aujourd’hui, en liesse… le fils du roi visite notre burg !

— Vive Sigefrid ! vive le vin, la cervoise et la venaison qu’il apporte !…

— Mais veillez sur les prisonniers… que pas un de vous ne bouge d’ici !…

— Oh ! ces chiens ne remuent pas plus là dedans que s’ils étaient endormis pour jamais sous la terre froide, où ils seront demain… Ne crains donc rien, Sigefrid.

— Hormis le seigneur roi, le seigneur évêque ou Neroweg, quiconque approcherait de cette grille pour parler aux condamnés…

— Tomberait sous nos haches, Sigefrid ; elles sont pesantes et tranchantes…

— Au moindre événement, qu’un son de trompe donne l’alarme au burg… et en un instant nous sommes ici.

— Bonnes précautions, Sigefrid, mais inutiles. Le pont est retiré, de plus, la bourbe des fossés est si profonde, qu’un homme qui tenterait le passage disparaîtrait dans la vase… Enfin, il n’y a pas d’étrangers dans le burg ; nous sommes ici, en comptant la truste du roi, plus de trois cents hommes armés… qui donc tenterait de délivrer ces chiens de prisonniers ? ne sont-ils pas, d’ailleurs, aussi incapables de marcher qu’un lièvre à qui on a cassé les quatre pattes ?… Encore une fois, Sigefrid, les précautions sont bonnes à prendre, nous les prendrons, mais elles seront vaines…

— Veillez toujours soigneusement jusqu’à demain, jour du supplice de ces maudits ; ce n’est pour vous qu’une nuit à passer.

— Et nous la passerons joyeusement à boire et à chanter !

— Ainsi, l’on est gai dans la salle du festin, Sigefrid ?

— Le soleil de mai pompe moins avidement la rosée que nos buveurs les tonneaux pleins ; des montagnes de victuailles disparaissent dans les abîmes des ventres… déjà l’on ne parle plus, l’on crie ; tout