Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/207

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de ses rapines ; il craignait d’exciter la convoitise de Chram et de ses favoris, redoutant quelque vol sournois de la part de ceux-ci, ou de la part de leur maître, quelque demande cupide ; mais cédant à sa vanité de barbare, le comte ne put résister au désir d’étaler ses richesses aux yeux de ses hôtes ; il exhuma donc de ses coffres ses grandes amphores, ses vases à boire, ses bassins profonds et ses larges plats, le tout en or ou en argent massif, et de formes grecque, romaine ou gauloise, formes variées comme les pilleries dont provenait cette vaisselle. Il y avait encore des coupes de jaspe, de porphyre et d’onyx, enrichies de pierreries ; des patères, sortes de cuvettes en bois rare, ornées de cercles d’or, incrustées d’escarboucles. Mais de ces objets précieux les hôtes du comte ne devaient point se servir ; ces trésors, entassés sans ordre et comme un tas de butin au milieu de la table immense, devaient seulement réjouir ou faire étinceler d’envie les regards des invités qui ne pouvaient d’ailleurs, vu la distance où ils se trouvaient de ces belles choses, rien dérober. Seuls, le roi Chram et l’évêque Cautin, devant lesquels le comte avait fait étaler en guise de nappe un morceau d’étoffe pourpre, brochée d’or et d’argent, pareil à celui dont étaient momentanément recouverts leurs sièges ; seuls, le roi Chram et l’évêque se servaient chacun pour boire d’une grande coupe de jaspe, enrichie de pierreries, ils mangeaient dans un large plat d’or massif, où on leur servait les mets ; les autres convives avaient devant eux des plats et des pots à boire, en bois, en étain, en terre ou en cuivre étamé. Le comte, pour faire par son costume honneur au fils de ce roi qu’il songeait à trahir, avait endossé par-dessus son buffle gras et ses chausses crasseuses, une ancienne dalmatique de drap d’argent, brodée d’abeilles d’or, présent fait à son père par le glorieux roi Clovis. Il faut le dire, le vif désir de s’approprier cette superbe dalmatique, tombée lors du partage de la succession paternelle dans le lot d’Ursio, frère de Neroweg, avait quelque peu poussé le comte à ce fratricide expié moyennant de riches donations à l’Église et à l’évêque Cautin. Neroweg portait en