Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/206

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— Mais, Loysik, cet homme a été mon amant…

— Si votre mari l’évêque s’était autrefois montré pour vous plein de tendresse, et plus tard rempli de fraternelle affection, eussiez-vous cédé à l’entraînement que vous regrettez ?

— Jamais !

— Et pourtant de cet homme si méchant, si dédaigneux à votre égard, vous avez eu pitié ! oui, lorsqu’il était au pouvoir des Vagres, vous avez été pour lui compatissante ; allez, Fulvie, Jésus de Nazareth, dans sa tendre et sage miséricorde, a remis leurs péchés à la femme adultère et à Madeleine, parce qu’elles se repentaient et avaient beaucoup aimé… Comment, moi, vous mépriserais-je ?

— Merci, Loysik, de me parler ainsi… Maintenant je ne craindrai plus de rencontrer vos yeux, et si demain mon courage défaille… c’est à votre regard affectueux et serein que je demanderai force et vaillance !

— Frère, — dit Ronan, — ils sont bien gais là-bas ! dans le burg !… Entends-tu leurs clameurs lointaines ? Ah ! par les os de notre aïeul Sylvest, ils étaient aussi bien gais ces jeunes et brillants seigneurs romains qui, couronnés de fleurs, riaient, insoucieux et cruels, au balcon doré du cirque, pendant que leurs esclaves, voués aux bêtes féroces, attendaient la mort sous les sombres voûtes de l’amphithéâtre, comme cette nuit nous attendons la mort dans ce souterrain… Oui… ils étaient aussi fort gais, ces seigneurs romains ! mais du fond de leurs ténèbres les esclaves gaulois, secouant leurs chaînes en cadence, chantaient ces paroles prophétiques :

Coule, coule, sang du captif ! — tombe, tombe, rosée sanglante ! — germe, grandis, moisson vengeresse !… — À toi, faucheur, à toi, la voilà mûre ! — aiguise ta faux ! aiguise, aiguise ta faux !…




Neroweg fêtait de son mieux Chram, son royal hôte ; il avait d’abord hésité à sortir de ses coffres sa vaisselle d’or et d’argent, fruit