Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/213

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où a commencé de cuire votre grue, puis vous la mettez ensuite ( la grue) dans un chaudron avec de l’huile d’olive ; du bouillon, un bouquet d'origan et de coriandre ; quand votre grue sera sur le point d’être cuite, ajoutez-y du vin, mélangé de miel et de livèche, quelque peu de cumin, un scrupule de benjoin, un atome de rüe et un peu de carvi broyé dans le vinaigre ; usez ensuite d’amidon pour épaissir honnêtement votre sauce ; elle doit être alors d’un joli brun doré ; vous la versez sur votre grue après avoir gracieusement placé le volatile au milieu d’un grand plat, le col gentiment arrondi et tenant dans son bec un bouquet de fenouil vert (AA). Maintenant je le demande à sa gloire le roi Chram ; je le demande à nos clarissimes convives… y a-t-il le moindre rapport entre une grue ainsi accommodée et cette chose sans forme, sans couleur, sans saveur, qui semble noyée dans ce bassin d’eau grasse ?

— Si Dieu le Père avait besoin d’un cuisinier il te choisirait, sensuel évêque, — dit le Lion de Poitiers, — tu ne dérogerais pas à cuisiner au paradis.

À cette impiété le saint homme fit la grimace, se souvenant sans doute d’avoir cuisiné, non point en paradis, mais en Vagrerie ; il remplit la coupe et la vida d’un trait, en regardant de travers le favori du roi Chram.

— Allons, comte Neroweg, — dit Spatachair, — à tout péché miséricorde, une autre fois tu nous donneras un festin plus délicat… et ta femme, dont tu ne seras pas toujours jaloux, et pour cause, présidera le banquet.

— Et foi de Lion de Poitiers, je ne lui serrerai pas trop fort les genoux sous la table.

— Lors de ce festin-là, Neroweg, — ajouta Imnachair, malgré les vains coups d’œil de Chram pour mettre un terme à l’insolence de ses favoris, — lors de ce festin-là tu ne nous feras pas comme aujourd’hui manger et boire dans le cuivre et dans l’étain, tandis que tu étales à nos yeux éblouis ta vaisselle d’or et d’argent au