Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/236

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


en plus, les voix répétèrent : — Vagrerie ! Vagrerie !… — Mort aux Franks ! — Liberté aux esclaves ! — Vive la vieille Gaule !

— Les Vagres ! — s’écrièrent les Franks abasourdis, stupéfaits de la mort des deux leudes. — Les Vagres !… ils sortent donc de l’enfer !…

— À moi ! — cria Ronan d’une voix tonnante, — à moi, mes Vagres !…

C’étaient notre douzaine de bons Vagres, qui, attirés par les clartés de l’incendie, signal convenu, avaient traversé le fossé ; mais comment ? Ce fossé n’était-il point rempli d’une vase tellement profonde, qu’un homme devait s’y engloutir s’il tentait de le traverser ? Certes ; mais nos bons Vagres, depuis la tombée de la nuit, rôdant là comme des loups autour d’une bergerie, l’avaient sondé, ce fossé ; après quoi, ces judicieux garçons allèrent abattre à coups de hache, non loin de là, deux grands frênes droits comme des flèches, les dépouillèrent ensuite de leurs branches flexibles, dont ils lièrent solidement les deux troncs d’arbres bout à bout. Jetant alors sur la largeur du fossé, non loin de l’ergastule, ce long et frêle madrier, lestes, adroits comme des chats, ils avaient, l’un après l’autre, rampé sur ces troncs arbres, afin d’atteindre le revers de l’enceinte. Deux Vagres, dans cet aérien et périlleux passage, tombèrent et disparurent au fond de la vase : c’étaient le gros Dent-de-Loup et Florent le rhéteur… Que leurs noms vivent et soient bénis et redits en Vagrerie. Leurs compagnons, arrivant de l’autre côté du fossé, rencontrèrent, courant à l’ergastule pour délivrer les prisonniers, une trentaine d’esclaves révoltés, armés de bâtons, de fourches et de faux. Les Vagres se joignirent à eux, à l’exception des gens de pied et des leudes. Revenus à la prison pour mettre à mort les condamnés, les guerriers de Chram et ceux de Neroweg, après s’être battus au milieu des ténèbres dans la salle du festin, oubliant leur querelle, et laissant les morts et les blessés sur le lieu du combat, ne songèrent qu’à courir au feu : les hommes du comte, pour éteindre l’incendie ;