Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/248

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— Mes Vagres, qu’on le saisisse, et tondez-le comme un esclave : le tranchant d’un poignard vaudra, pour ceci, les ciseaux.

— Moi, tondu comme un vil esclave ! moi, Neroweg, subir un tel outrage ! moi, tondu !…

— La femme de ton glorieux roi Clovis aimait mieux voir ses petits-fils morts que tondus… je sais cela… Oui, vous autres nobles Franks, vous tenez, comme vos rois chevelus, à votre chevelure, signe d’antique et illustre race ; donc, Neroweg, défends-toi, ou tu seras tondu…

— Moi, tondu !… Cette hache ! cette hache !…

— La voici, comte… Et vous, mes bons Vagres, élargissez le cercle !…

— Ermite laboureur, veux tu me promettre, si ce combat me met en danger de mort, de m’envoyer en paradis ? je te donnerai mon anneau…

— Si tu es en danger mortel, Neroweg, je te dirai des paroles qui te feront, je l’espère, envisager fermement la mort.

— Ce n’est pas la mort que je crains, chien ! c’est le paradis que je veux…

— Crois-nous, Karadeuk, ce lâche a moins peur de l’enfer que de ta hache… Coupons-lui cette crinière, qui ressemble à la queue d’un cheval de montagne… Allons, tondons le comte… le seigneur frank sera tondu…

Neroweg, furieux, se précipita sur le vieux Vagre, le combat s’engagea, terrible, acharné. Loysik, Ronan, l’évêchesse et la petite Odille, pâles, tremblants, suivaient la lutte d’un œil alarmé ; elle ne fut pas longue, la lutte… Le vieux Vagre l’avait dit, la hache ne pesait point à son bras vigoureux, mais elle pesa fort au front de Neroweg, qui, sanglant, roula sur l’herbe, frappé d’un coup mortel…

— Meurs donc ! — s’écria Karadeuk avec une joie triomphante ; — la race de l’Aigle terrible ne poursuivra plus la race de Joel… Meurs donc, comte Neroweg !