Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/249

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— Hi ! hi !… j’ai un fils de ma seconde femme à Soissons… et ma femme Godegisèle est enceinte, chien gaulois ! — murmura le Frank avec un éclat de rire sardonique. — Ma race n’est pas éteinte… j’espère qu’elle retrouvera plus d’une fois la tienne pour l’écraser…

Puis il ajouta d’une voix affaiblie, épouvantée :

— Ermite laboureur, donne-moi le paradis… bon patron, évêque Cautin, aie pitié de moi… Oh ! l’enfer ! l’enfer ! les diables !… j’ai peur… l’enfer !…

Et Neroweg expira, la face contractée par une terreur diabolique. Son dernier regard s’arrêta sur les ruines de son burg fumant au loin sur la colline.

Les leudes du comte s’apercevant de sa disparition, durent le croire enseveli sous les décombres du burg, ou enlevé… S’ils l’ont cherché au dehors, ces fidèles, ils auront trouvé le corps du comte vers la lisière de la forêt, mort, la tête fendue d’un coup de hache, étendu au pied d’un arbre dont on avait enlevé la première écorce et sur lequel étaient ces mots tracés avec la pointe d’un poignard : 


« Karadeuk le Vagre, descendant du Gaulois Joel, le brenn de la tribu de Karnak, a tué ce comte frank, descendant de Neroweg l’Aigle terrible… Vive la vieille Gaule ! … »




Ici finit le récit de Ronan le Vagre, fils de Karadeuk le Bagaude, Karadeuk, mon frère à moi, Kervan, fils aîné de Jocelyn, et petit-fils d’Araïm. À cette histoire, j’ai ajouté les lignes suivantes, ce soir, jour du départ de mon neveu Ronan, qui retourne près des siens, en Bourgogne, après deux jours passés dans notre maison, toujours située non loin des pierres sacrées de la forêt de Karnak. Mon neveu Ronan m’ayant confié ses pensées durant son séjour ici, j’ai pu, en ce qui le touche, écrire, ainsi qu’il aurait écrit lui-même.

À propos de la forme nouvelle adoptée par lui dans ses récits, Ronan m’a dit, non sans raison :