Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/255

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voir, vieux de quelques années de plus, notre pauvre frère Karadeuk, lorsqu’il a quitté cette maison.

— Roselyk, cet étranger porte la main à ses yeux ; il pleure… Dis, jeune homme, tu es le fils de Karadeuk ?

Pour toute réponse, Ronan le Vagre se jeta au cou du frère de son père, et il embrassa non moins tendrement Martha, Roselyk et Yvon… Les larmes séchées, la première émotion apaisée, les premiers mots qui partirent du cœur et des lèvres de Roselyk et de Kervan furent ceux-ci :

— Et notre frère ?

— Et Karadeuk ?

À cette question, Ronan le Vagre est resté muet ; il a baissé la tête, et, de nouveau, ses yeux se sont remplis de larmes… larmes cette fois amères…

Un grand silence se fit parmi ces descendants de la race de Joel ; les larmes coulèrent de nouveau, non moins amères que celles de Ronan le Vagre.

Kervan, le premier, reprit la parole, et dit à son neveu :

— Y a-t-il longtemps que mon frère est mort ?

— Il y a trois mois…

— Et sa fin a-t-elle été douce ? s’est-il souvenu de moi et de Roselyk, qui l’aimions tant ?

— Ses dernières paroles ont été celles-ci : « Je meurs sans avoir pu accomplir, pour ma part, le devoir imposé par notre aïeul Joel à sa descendance… Promets-moi, mon fils, Ronan, toi qui sais ma vie et celle de ton frère Loysik, de remplir ce devoir à ma place, et d’écrire, sans cacher le bien et le mal, ce que tous trois nous avons fait… Ce récit terminé, promets-moi de te rendre, si tu le peux, au berceau de notre famille, près des pierres sacrées de Karnak... Je ne peux espérer que mon père Jocelyn et ma mère Madalèn vivent encore ; s’ils sont morts, comme je le crains, tu remettras cet écrit, soit à mon bon frère Kervan, s’il a survécu à mes vieux