Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/260

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nuit, Kervan ; elles étaient, elles sont, elles seront éternellement justes : «  — L’insurrection a toujours du bon… car on y gagne toujours quelque chose. Qu’un peuple conquis ou opprimé implore ses maîtres, au nom de la justice, au nom de l’humanité, ses maîtres se rient de lui ; qu’il se révolte… ils tremblent et accordent à la terreur ce qu’ils avaient refusé au bon droit. » Araïm disait vrai. N’est-ce pas aux grandes insurrections de la Bagaudie que l’Armorique a dû son complet affranchissement de la domination des empereurs, lorsque, bien qu’allégée des charges écrasantes contre lesquelles la Bagaudie avait protesté par les armes, les autres contrées de la Gaule étaient redevenues provinces romaines après l’ère glorieuse et libre de Victoria la Grande ?

— C’est la vérité, Ronan… mais en quoi votre Vagrerie a-t-elle été pour vous aussi fructueuse que la Bagaudie ? Et mon pauvre frère Karadeuk comment est-il mort ?

— Pour répondre à vos questions, Kervan, il me faut d’abord vous apprendre ce qui s’est passé après l’incendie du burg du comte Neroweg.

— Nous t’écoutons…

— Le succès de notre attaque terrifia d’abord les Franks et les évêques de la contrée ; ceux des esclaves qui n’étaient pas hébêtés par les prêtres, les colons pressurés par les seigneurs, enfin les hommes de cœur qui sentaient encore couler dans leurs veines quelques gouttes de sang gaulois, reprirent quelque espoir ; notre bande, dont mon père conserva le commandement, devint considérable ; on vit alors des prélats et des seigneurs franks, épouvantés par la Vagrerie, améliorer un peu le sort de leurs esclaves, pressurer moins leurs colons ; foi de Vagre ! mon oncle… la terreur faisait battre d’une charité passagère tous ces cœurs jusqu’alors endurcis…

— Et ton frère Loysik ?

— Fidèle à ce principe de Jésus de Nazareth : « que ce sont surtout les malades qui ont besoin de médecins, » il ne nous quittait