Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/261

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pas, il eut bientôt sur notre troupe l’ascendant qu’il savait prendre sur les hommes les plus endiablés ; sa bonté, son courage, son éloquence, son amour de la Gaule, son horreur de la conquête franque, lui acquirent bientôt tous les cœurs, souvent il empêcha des désastres inutiles ou de sanglantes représailles. Lorsque ainsi que moi il fut guéri des suites de notre torture, il nous quitta pendant quelque temps et nous demanda, sans nous dire ses motifs, de nous rapprocher des confins de la Bourgogne ; il devait nous rejoindre aux environs de Marcigny, ville située à l’extrême frontière de cette province, il avait obtenu de nous, non sans peine, de ne plus incendier les burgs et les villas épiscopales ; mais le pillage allait toujours au profit du pauvre monde, et nous faisions bonne justice des seigneurs franks, dont les cruautés étaient avérées.

— Et les Franks ne se sont pas armés contre vous ?

— Le roi Clotaire ordonna une levée d’hommes, mais les seigneurs bénéficiers craignirent en se séparant de leurs leudes de laisser leurs burgs désarmés à la merci des esclaves, ou livrés sans défense aux attaques de notre troupe ; ils n’envoyèrent que peu de gens à la levée, aussi, par deux fois, nous avons rudement combattu et battu les Franks ; mais, selon le désir de Loysik, nous nous rapprochions toujours des frontières de la Bourgogne…

— Et la petite Odille, Ronan ?

— Je l’avais prise pour femme… la chère enfant ne me quittait pas, aussi douce que vaillante, aussi dévouée que tendre.

— Pauvre petite… et l’évêchesse qui nous a intéressés malgré son égarement ?

— Fulvie était pour le veneur ce qu’Odille était pour moi.

— Et ce roi Chram qui rêvait le parricide a-t-il exécuté ses projets de révolte contre son père Clotaire ? cet autre monstre qui tuait les enfants de son frère à coups de couteau !

— Kervan, il y a trois jours en me rendant ici… j’ai retrouvé Chram et son père sur les frontières de notre Armorique.