Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/267

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courage, malgré vos succès récents, tôt ou tard vous serez anéantis, et, comme nos conquérants abhorrés, vous n’aurez laissé après vous que des ruines ! Suivez au contraire mes avis, et vos frères trouveront dans votre exemple un utile enseignement pour l’avenir

» — Explique-toi, ermite laboureur, explique-toi, notre ami.

» — Dites, mes amis, qui vous a faits Vagres, vous, hommes de toutes conditions avant d’être réduits en servitude ? oui, qui vous a jetés dans la révolte ? N’est-ce pas la spoliation, la misère, la haine de l’esclavage et des malheurs affreux dont nous sommes victimes depuis la conquête franque ?

» — Oui, oui, voilà pourquoi nous courons la Vagrerie.

» — Mais si l’on vous disait : Renoncez à votre vie errante, et votre travail vous assurera largement les nécessités de la vie ; votre courage garantira votre repos et votre liberté… Vous qui regrettez ou désirez la paix du foyer, les joies de la famille, vous aurez ces pures et douces jouissances… Vous qui préférez l’austère isolement du célibat, vous suivrez votre goût, et vous vivrez heureux, tranquilles.

» — Ermite notre ami, ces promesses sont-elles réalisables ? Tu n’es pas de ces fourbes qui prétendent, ainsi que les fourbes évêques, posséder le don des miracles…

» — Ah ! s’ils l’eussent voulu ! les évêques eussent chaque jour, et sans fourberie, accompli de pareils miracles au nom de la fraternité humaine prêchée par Jésus… Oui, s’ils avaient agi par justice et par humanité, ainsi que vient d’agir par terreur l’évêque de Châlons, une voie d’émancipation pacifique et véritablement chrétienne s’ouvrait pour la Gaule…

» — Et qu’a-t-il donc fait l’évêque de Châlons ?

» — Après m’être séparé de vous, je suis allé dans cette petite ville de Marcigny, qui dépend du diocèse de Châlons ; c’est là que l’évêque a sa villa où il habite l’été… Ce n’est pas un méchant homme, quoiqu’il commette, ainsi que les autres prélats, le crime affreux pour un prêtre du Christ de retenir ses frères en escla-