Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/279

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gneurs franks, possesseurs de bénéfices, devaient, sur sa demande, amener à leur roi ; des colons enrôlés de force augmentaient cette armée, elle se mit en marche, je l’accompagnai ; des troupes ennemies n’eurent pas été plus désastreuses que les troupes du roi Clotaire pour les populations. Les Franks arrivaient-ils dans une cité, ils chassaient les habitants de leurs maisons et s’y établissaient en maîtres ; durant leur séjour les provisions étaient consommées, gaspillées ; puis lors de leur départ les Franks dévalisaient la maison ; chacun d’eux pillant à sa guise ; les hommes, s’ils disaient mot, étaient battus, souvent tués, les femmes et les filles violentées, puis l’armée du glorieux roi Clotaire reprenait sa marche.

— Tu as raison, Ronan, la Vagrerie était moins terrible !

— Clotaire et sa truste rejoignirent les troupes à Nantes ; c’est là que, pour la première fois, je le vis un soir, ce monstre qui tuait les fils de son frère à coups de couteau ; oui, c’est là que je le vis ce lâche meurtrier en faveur de qui le Dieu des catholiques faisait des miracles, grâce à l’intercession du bienheureux Saint-Martin !

— Tu l’as vu ce Clotaire !… quelle figure avait-il ?

— Ce soir-là il portait une longue dalmatique d’un rouge de sang, brodée d’or, et par-dessus ce riche vêtement une casaque de fourrure avec un capuchon aussi de fourrure à demi rabaissé sur son front ; ses yeux flamboyaient dans l’ombre de cette coiffure comme ceux d’un chat sauvage ; le visage cadavereux de ce roi chevelu était entouré de longues mèches de cheveux gris tombant presque jusqu’à sa ceinture ; l’expression de ses traits était froidement féroce ; il montait un grand cheval de guerre tout noir et caparaçonné de rouge ; à sa gauche chevauchait son connétable, à sa droite l’évêque de Nantes. Je vous le jure, Kervan, l’aspect de cet homme enflamma mon cœur de tant de haine que sans mon ardent désir de revoir Odille et mon fils, j’aurais, je crois, accompli ce vœu de mon père Karadeuk, lorsqu’il y a plus de cinquante ans, il disait dans cette salle où nous sommes : « N’est-il donc pas un homme en Gaule pour planter un