Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/283

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« Est-ce un bien, est-ce un mal, que l’ignorance de ces voyageurs ? »

— Puis elle ajouta, pleurant et se baissant, afin d’embrasser ses deux petites filles :

« Mes enfants ! mes pauvres enfants !… »

— Soudain, un des esclaves, sans doute placé en vedette sur les rochers, accourut en criant :

« Des cavaliers !… On voit au loin, dans un nuage de poussière, une troupe de cavaliers armés accourir bride abattue…

» Mort et furie ! — dit Imnachair en pâlissant, — c’est Chram… La bataille est perdue !… »

— À ces mots la pauvre jeune femme se jeta à genoux, serra ses deux petites filles contre son sein, et je n’entendis plus que les sanglots et les gémissements de la mère et des enfants.

» Vite, vite, au bateau ! — s’écria Imnachair. — Esclaves, déchargez les mules, transportez dans la barque les caisses qu’elles portent ; et vous, madame, tenez-vous prête à partir : ces pleurs sont inutiles. »

— À ce moment on entendit au loin le galop précipité des chevaux, le choc des armures et des cris confus et furieux.

« C’est mon mari ! — s’écria la femme de Chram en blémissant ; — mais son père est à sa poursuite… Entendez-vous ces cris de mort ? Oh ! il est perdu !… »

— Imnachair prêta l’oreille… une bouffée de vent nous apporta ces cris :

« Tue ! tue !…

» À mort ! à mort !…

» C’est la voix du roi Clotaire ! — s’écria Imnachair. — Fuyez, madame, vous et vos enfants… Courons au bateau… et force de rames… Dans un instant il sera trop tard…