Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/284

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» Fuir… sans mon mari… jamais ! — reprit la jeune femme en serrant convulsivement ses deux enfants contre son sein. — Ce n’est pas maintenant que j’abandonnerai Chram… »

— Les cris : Tue ! tue ! devenaient de plus en plus distincts ; ceux qui les poussaient ne devaient plus être qu’à trois ou quatre cents pas…

« Malheureuse folle, une dernière fois, venez-vous ? — dit Imnachair en la saisissant par le bras, — venez-vous ?

» Non, — dit-elle : — non…

» Vous connaissez Clotaire… et vous voulez l’attendre ! » — s’écria Imnachair avec épouvante ; puis il disparut.

— Moi et mes deux compagnons, peu soucieux de la rencontre de Clotaire et de sa truste, nous n’eûmes que le temps de courir aux rochers dont était bordé le rivage, et de nous blottir entre ces immenses blocs de granit. De l’endroit où j’étais caché, je découvrais la cabane et la mer. Au bout de quelques instants je vis la barque chargée des caisses enlevées du bât des mules, et contenant sans doute les trésors de Chram, faire force de rames pour gagner le léger bâtiment à voiles.

— Et cette malheureuse femme ? et ses deux enfants ?

— Imnachair les abandonnait… Assis à la proue, il tenait le gouvernail : les esclaves, entassés dans la barque, accompagnaient la fuite du favori de Chram.

— Le ciel serait injuste si de tels hommes trouvaient des amis dévoués… Ce misérable livrait sans doute Chram à une mort méritée ; mais cette femme, mais ces deux petites filles ?

— Écoutez, Kervan, écoutez… Je vous l’ai dit, de ma cachette je découvrais la mer, la hutte et ses abords. Malgré mon éloignement du lieu de la scène horrible que je vais vous raconter, je pouvais entendre distinctement la voix des Franks, qui, de plus en plus, appro-