Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/286

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il dit tout bas quelques mots à l’un des hommes de sa suite ; aussitôt Chram, sa femme, ses deux petites filles, furent garrottés malgré leur résistance désespérée, puis entraînés dans la hutte ; leurs cris perçants parvenaient jusqu’à moi ; au bout de quelques instants, les guerriers de Clotaire sortirent de la cabane, dont ils fermèrent la porte en disant : — Nous les avons attachés sur un banc (E). — L’un d’eux tenait un tison enflammé pris sans doute au foyer. Le roi se plaça debout auprès de la cabane, il semblait prêter l’oreille avec une satisfaction féroce aux cris des victimes que, moi, je n’entendais plus.

— Mais quel supplice ce monstre réservait-il donc à son fils… à sa femme… à ses deux enfants ?

— Écoutez encore, Kervan. La cabane était construite de poutres jointes les unes aux autres, et recouverte d’une toiture de roseaux ; je vis bientôt des hommes de la suite du roi, apporter des bottes de joncs marins et de bruyères desséchées par l’hiver, puis les amonceler autour de la hutte jusqu’à la hauteur du toit…

— Je devine… Ah ! Ronan… cela est horrible…

— Lorsque ces matières inflammables furent amoncelées autour de la cabane, Clotaire fit un signe… l’un de ses guerriers approcha des roseaux le tison embrasé, l’aviva de son souffle, la flamme brilla, les joncs et les bruyères s’allumèrent… d’autres guerriers, se façonnant des torches avec des roseaux enflammés, mirent le feu en plusieurs autres endroits, et bientôt la cabane disparut au milieu d’un immense tourbillon de flammes… Les cris des malheureux qui allaient périr de cette mort atroce devinrent alors si affreux, qu’ils arrivèrent jusqu’à moi ; quoique la porte de la hutte fût close, je détournai la tête par un mouvement d’horreur invincible, jetant par hasard les yeux vers la haute mer, je vis au loin le léger vaisseau à voiles qui emportait Imnachair et les trésors de Chram disparaître à l’horizon…