Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/302

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reux hasard a voulu qu’au milieu des désastres et des guerres civiles qui depuis tant d’années continuent de désoler notre patrie, la Bourgogne ait été à peu près jusqu’ici préservée de ces malheurs, fruits d’une conquête sanglante ; nous autres, grâce à la donation que nous avons su obtenir, nous vivons ici paisibles et libres ; mais, hélas ! dans les autres parties de cette province et de la Gaule, nos frères subissent toujours les douleurs de l’esclavage ; ceux-là, vous ne les avez pas oubliés ; non, non… Vous vous êtes souvenus de ces paroles de Jésus : Les fers des esclaves doivent être brisés ! Et en attendant le jour encore lointain de l’affranchissement de tous, vos épargnes et celles de la communauté nous ont encore permis, cette année, de racheter quelques pauvres familles… Il nous reste des terres à leur distribuer… En attendant que nous leur ayons construit des maisons, que ces esclaves d’hier, hommes libres aujourd’hui, trouvent chez nous des frères et des hôtes… Tenez, les voilà… Aimez-les comme nous nous aimons entre nous… Ce sont aussi des fils de la vieille Gaule, déshérités comme nous l’étions il y a cinquante ans !

À peine Loysik avait-il prononcé ces paroles, que plusieurs familles, hommes, femmes, enfants, vieillards, sortirent du monastère, pleurant de joie. Ce fut, parmi les colons, à qui offrirait son foyer, ses soins à ces nouveaux venus. Il fallut l’intervention de Loysik, toujours écoutée, pour calmer cette tendre et ardente rivalité d’offres de services ; il répartit, selon sa sagesse habituelle, les futurs colons dans certaines maisons ; l’on parla bien, il est vrai, mais tout bas, de la partialité du vieux moine ; on l’accusait d’avoir iniquement favorisé Ronan et son ami le Veneur, la bonne vieille petite Odille ayant obtenu pour sa part une jeune femme et ses deux enfants, et l’évêchesse tout un ménage, le mari, la femme et trois garçonnets !… Ce que c’est pourtant que la faveur !…

Chaque année, Loysik, peu de temps avant cette fête anniversaire, partait sa pochette bien garnie d’argent ; cette somme, fruit des épar-