Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/310

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intelligence qui eût été du génie, si elle n’eût appliqué ses facultés extraordinaires aux forfaits les plus inouïs… Brunehaut devait épouvanter le monde… D’abord elle voulut venger la mort de sa sœur Galeswinthe, étranglée par Chilpérik à l’instigation de Frédégonde… Alors, entre ces deux femmes, mortelles ennemies, et dont chacune régnait avec son mari sur une partie de la Gaule, commença une lutte effrayante : le poison, le poignard, l’incendie, la guerre civile, le massacre, les combats des pères contre les fils, des frères contre des frères ; tels furent les moyens qu’elles employèrent l’une contre l’autre. Les populations gauloises n’échappèrent pas à cette rage de destruction : toutes les provinces soumises à Sigebert et à Brunehaut furent impitoyablement ravagées par Chilpérik, et les possessions de celui-ci furent à leur tour dévastées par Sigebert. Ces deux frères, ainsi poussés par la furie de leurs femmes, combattirent l’un contre l’autre jusqu’au jour où ils furent tous deux assassinés.

— Ah ! si le sang gaulois n’avait coulé à torrents, si ces désastres affreux n’avaient écrasé de nouveau notre malheureux pays, je verrais un châtiment céleste dans la lutte de ces deux femmes, décimant ainsi les familles où elles sont entrées, — dit Loysik ; — mais, hélas ! que de maux, que de misères atroces ces haines royales font peser sur les peuples…

— Et ces deux monstres trouvaient des instruments pour servir leurs vengeances ?

— Les meurtres qu’elle ne commettaient pas elles-mêmes par le poison, elles les faisaient accomplir par le poignard… Frédégonde, dont la dépravation dépassait celle de la Messaline antique, s’entourait de jeunes pages ; elle les enivrait de voluptés terribles, troublait leur raison par des philtres qu’elle composait ; ils entraient bientôt dans une sorte de frénésie, et elle les lançait alors sur les victimes qu’ils devaient frapper… C’est ainsi qu’elle fit poignarder le roi Sigebert, mari de Brunehaut, et empoisonner leur fils Childebert… C’est ainsi, dit-on, qu’elle a fait tuer, à coups de couteau, son mari Chilpérik…