Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/311

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— Quoi ! Frédégonde n’épargna pas même son époux ?

— Les uns lui attribuent ce meurtre, d’autres en accusent Brunehaut… les deux crimes sont probables : toutes deux avaient intérêt à le commettre : par la mort de Chilpérik, Brunehaut vengeait sa sœur Galeswinthe, étranglée par ce roi ; Frédégonde, en le faisant assassiner, se vengeait de ce qu’il avait surpris, la veille de sa mort, l’un des innombrables adultères de cette Messaline, tirée de l’esclavage pour monter au trône…

— Et elle ? mon père, a-t-elle subi la peine due à tant de forfaits ?

— La reine Frédégonde est morte paisiblement dans son lit en 597, âgée de cinquante-cinq ans, bénie et enterrée par les prêtres dans la basilique de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, après avoir commis des crimes sans nombre… Du reste, Frédégonde a longtemps et heureusement et habilement régné, comme disent les infâmes et dévots panégyristes de ces monstres couronnés… Oui, à sa mort elle a laissé à son fils Clotaire le jeune son royaume intact, et les bénédictions du clergé l’ont accompagnée dans sa tombe, cette glorieuse reine, car elle était, pour les prêtres, prodigue du bien d’autrui.

Un frémissement d’horreur circula parmi les auditeurs de ce récit ; ces mœurs royales contrastaient d’une manière si effrayante avec les mœurs des habitants de la colonie, que ces bonnes gens croyaient entendre raconter quelque songe épouvantable éclos dans le délire de la fièvre.

Grégor reprit :

— Ce Clotaire le jeune, fils de Frédégonde et de Chilpérik, se trouve être ainsi le petit-fils de Clotaire, le tueur d’enfants, et l’arrière-petit-fils de Clovis ?

— Oui… et comme il se montre digne de sa race, vous voyez, mes enfants, quelle ère de nouveaux crimes va s’ouvrir ; car sa mère Frédégonde lui a légué l’implacable haine dont elle poursuivait Brunehaut… et ce duel à mort va continuer entre celle-ci et le fils de sa mortelle ennemie…