Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/317

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L’archidiacre se mordit les lèvres, et une huée prolongée couvrit sa voix lorsqu’il voulut répondre.

— Ce concile ne tiendrait pas ce langage, qui est celui de la justice, — reprit Loysik, — que je ne reconnais à aucun concile, à aucun prélat, à aucun roi, le droit de déposséder des gens honnêtes et laborieux des terres et de la liberté qu’ils tiennent avant tout de leur droit naturel.

— Je te dis, moi, que ton monastère est une nouvelle Babylone, une moderne Gomorrhe ! — s’écria l’archidiacre ; — l’évêque de Châlons en avait été prévenu, j’ai voulu voir par moi-même et j’ai vu… Et je vois des femmes, des jeunes filles dans ce saint lieu, qui devrait être consacré aux austérités, à la prière et à la retraite. Je vois tous les ferments d’une immonde orgie, qui devait sans doute se prolonger jusqu’au jour, au milieu de monstrueuses débauches, où la promiscuité de la chair des hommes et des femmes va…

— Assez ! — s’écria Loysik indigné ; — je te défends, moi, chef de cette communauté, je te défends de souiller davantage les oreilles de ces épouses, de ces jeunes filles rassemblées ici avec leur famille, pour célébrer paisiblement l’anniversaire de notre établissement dans cette terre libre, qui restera libre comme ceux qui l’habitent !

— Archidiacre, c’est trop de paroles ! — s’écria Gondowald ; — à quoi bon raisonner avec ces chiens… n’as-tu pas là mes hommes pour te faire obéir ?

— Je veux tenter un dernier effort pour ouvrir les yeux de ces malheureux aveuglés, — répondit l’archidiacre ; — cet indigne Loysik les tient sous son obsession diabolique… Oui, vous tous qui m’entendez, tremblez si vous résistez aux ordres de votre évêque !

— Salvien, — dit Loysik, — ces paroles sont vaines, tes menaces seront impuissantes devant notre ferme résolution de maintenir la justice de nos droits ; nous te repoussons comme abbé de ce monastère ; ces moines laboureurs et les habitants de cette colonie ne doivent compte de leurs biens à personne… Ce débat inutile est