Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/32

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— L’évêchesse ! l’évêchesse !

— Non, la femme d’un comte !

— Frères, pour vous accorder, nous les prendrons toutes deux…

— Bien dit, Ronan…

— L’un de ces chemins conduit au burg (château) du comte Neroweg… l’autre, à la villa épiscopale de l’évêque Cautin.

— Il faut enlever l’évêchesse et la comtesse… il faut piller le burg et la villa !

— Par où commencer ? Allons-nous chez le prélat ? allons-nous chez le seigneur ?… L’évêque boit plus longtemps, il savoure en gourmet ; le comte boit davantage, il avale en ivrogne…

— Bien dit, Ronan…

— Donc, à cette heure de minuit, l’heure des Vagres, le comte Neroweg, gonflé comme une outre, doit ronfler dans son lit ; à ses côtés, sa femme ou sa concubine rêve les yeux grands ouverts. L’évêque Cautin, les coudes sur la table, tête à tête avec une vieille cruche et l’un de ses chambriers favoris, doit causer de gaudrioles…

— Allons d’abord chez le comte ; il sera couché.

— Frères, allons d’abord chez l’évêque, il sera levé… C’est plus gai de surprendre un prélat qui boit qu’un seigneur qui ronfle.

— Bien dit, Ronan… Allons d’abord chez l’évêque.

— Marchons… Moi, je connais la maison…

Qui parlait ainsi ?… Un jeune et beau Vagre de vingt-cinq ans ; on l’appelait le Veneur… Il n’était pas de plus fin archer, sa flèche allait où il voulait… Esclave forestier d’un duc frank, et surpris avec une des femmes de son seigneur, il avait échappé à la mort par la fuite, et depuis il courait la Vagrerie.

— Oui, moi je connais la maison épiscopale, — reprit ce hardi garçon. — Me doutant qu’un jour ou l’autre nous irions communier avec les trésors de l’évêque, je suis allé, en bon veneur, observer son repaire… et là, j’ai vu la biche du saint homme… Quel corsage elle a !! Jamais chevrette n’eut l’œil plus noir et plus doux !