Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/33

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— Et la maison, Veneur, la maison, quelle figure a-t-elle ?

— Mauvaise ! Fenêtres élevées, portes épaisses, fortes murailles.

— Veneur, — reprit le joyeux Ronan, — nous arriverons au cœur de la maison de l’évêque sans passer ni par la porte, ni par la fenêtre, ni par la muraille… de même que tu arrives au cœur de ta maîtresse sans passer par ses yeux… Allons, mes Vagres, la nuit sera bonne.

— Frères, à vous les trésors… à moi la belle évêchesse ! Le saint homme l’appelle sa sœur (D)… le diable sait ce qui en est…

— À toi, Veneur, l’évêchesse ; à nous le pillage de la villa épiscopale… et vive la Vagrerie !




L’évêque Cautin habitait, pendant l’été, sa villa située non loin de la ville de Clermont, siège de son épiscopat… Jardins magnifiques, eaux cristallines, épais ombrages, frais gazons, gras pâturages, moissons dorées, vignes empourprées, forêt giboyeuse, étangs empoissonnés, étables bien garnies, entouraient le palais du saint homme ; deux cents esclaves ecclésiastiques, mâles et femelles, cultivaient les biens de l’Église, sans compter l’échanson, le cuisinier, le rôtisseur, le boucher, le boulanger, le baigneur, le raccommodeur de filets, le cordonnier, le tailleur, le tourneur, le charpentier, le maçon, le veneur et les fileuses et lavandières (E), esclaves aussi, presque toujours jeunes, souvent jolies. Chaque soir, l’une d’elles apportait à l’évêque Cautin, couché douillettement sur la plume, une coupe de vin chaud très-épicé… Le matin, une autre jolie fille apportait, au réveil du pieux homme, une coupe de lait crêmeux… Voyez un peu ce bon apôtre d’humilité, de chasteté, de pauvreté !…

Quelle est donc cette belle grande femme, jeune encore, et faite comme Diane chasseresse ? Le cou et les bras nus, vêtue d’une simple tunique de lin, ses noirs cheveux à demi dénoués, elle est accoudée