Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/38

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— Impie ! scélérat blasphémateur ! Pharaon ! pourceau de luxure ! réservoir à vin ! oses-tu parler ainsi, toi ! fils de l’Église catholique et apostolique ?… Menacer ton évêque !

— De gré ou de force, tu m’absoudras !

— Ah ! le bestial ! Tu veux donc aller au fin fond des enfers ! bouillir durant des siècles dans des cuves de poix ardente ! être lardé à coups de fourche par les démons ! Et quels démons ! Têtes de crapaud, corps de bouc, avec des serpents pour queue, des trompes d’éléphant pour bras… et les pieds fourchus ! archifourchus !

— Tu les as vus ? — dit le comte Frank d’un air farouche et craintif, — patron ? tu les as vus, ces démons ?

— Si je les ai vus ! ! ! Ils ont emporté devant moi, dans une nuée de bitume et de soufre, le duc Rauking, qui avait, le sacrilège ! donné un coup de bâton à l’évêque Basile !

— Et ces diables l’ont emporté, le duc Rauking ?

— Au plus profond des entrailles de la terre, te dis-je !… Je les ai comptés ; ils étaient treize ! Un grand démon rouge les commandait en personne, et voilà ce qui t’attend… si je ne te donne pas l’absolution.

— Évêque, tu dis peut-être cela pour me faire peur et avoir mes vingt sous d’or, mes belles prairies et ma petite esclave blonde ?

Le prélat frappa sur un timbre, un de ses chambriers entra ; le saint homme lui dit quelques mots en latin en lui montrant de l’œil le sol dallé de compartiments de mosaïque. Le chambrier sortit ; alors l’ermite laboureur dit à l’évêque aussi en latin :

— Ce que tu veux faire est une dérision sacrilège !

— Ermite, tout n’est-il point permis à l’Église envers ces brutes franques ?

— La fourberie n’est jamais permise…


Cautin haussa les épaules, et s’adressant au comte en langue germanique, car le prélat parlait l’idiome frank comme un Barbare :

— Es tu chrétien et catholique ? As-tu reçu le baptême ?