Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/83

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— Notre conseil à nous ne sera point long. Ces Franks sont sept à cheval, que six Vagres me suivent, et, foi de Ronan, il y aura tout à l’heure en Gaule sept conquérants de moins !

— Nous voilà six… marche.

Parmi les six Vagres était le Veneur… L’évêchesse, le voyant examiner la monture de sa hache, sauta du chariot à terre, et, l’œil brillant, les narines gonflées, la joue en feu, retroussant la manche droite de sa robe de soie, elle mit ainsi à nu, jusqu’à l’épaule, son beau bras, aussi blanc que nerveux, et s’écria :

— Une épée ! une épée !…

— Qu’en feras-tu, belle évêchesse en Vagrerie ?

— Je me battrai près de mon Vagre ! je me battrai… comme nos mères des temps passés !

— Marchons, ma Vagredine ! Si tes beaux bras sont aussi forts pour la guerre que pour l’amour, malheur aux Franks !

Et l’évêchesse, prenant virilement une épée, comme une Gauloise des siècles passés, courut gaiement à l’ennemi au bras de son Vagre. En passant devant l’évêque elle lui dit :

— Pendant douze ans tu m’as fait maudire la vie… je vais peut-être mourir… je te pardonne…

— Tu me pardonnes, scélérate impudique ! lorsque c’est toi qui devrais, le front dans la poussière, me demander grâce pour tes énormités !

Cautin parlait encore que la Vagredine et le Vagre étaient déjà loin.

— Petite Odille, attends-moi ; ces Franks tués, je reviens, — dit Ronan à la jeune fille, qui, toute pâle, le retenant de ses deux mains, le regardait de ses grands yeux bleus pleins de larmes. — Ne tremble pas ainsi… pauvre enfant !

— Ronan, — murmura-t-elle en étreignant plus vivement encore le bras du Vagre, — je n’ai plus ni père ni mère ; tu m’as délivrée du comte et de l’évêque, tu as bon cœur, tu es plein de com-