Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/92

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éclats de rire, baisers pris et rendus entre Vagres et Vagredines, tout était liesse et fous ébats ; parfois, cependant, pour quelque fin minois, éclatait une dispute entre deux compagnons, ni plus ni moins que dans les anciens festins gaulois ; alors on décrochait les épées des arbres, sans haine, mais par simple outre-vaillance.

— À toi ce coup-ci…

— À toi celui-là…

— Frappe…

— Riposte…

— Je suis blessé !

— Je suis mort !…

Le blessé, on le pansait ; le mort, on le couvrait de feuillage… Honneur aux braves qui vont renaître ailleurs, et vivent les festins en Vagrerie !! L’on entendait encore çà et là des propos joyeux, étranges, ou d’une gaieté sinistre ; ces propos peignaient les choses, les hommes, les misères de la Gaule conquise, mieux que ne le feront jamais les légendaires, si jamais ce siècle de fer trouve des légendaires…

— Ah ! le bon temps ! — disait Dent-de-Loup en rongeant l’ivoire de son second cuisseau de daim ; ce garçon préférait le daim à toute autre viande. — Ah ! le bon temps que ce temps de désordre ! de pillage ! de batailles de grand’route ! de siège de burgs et de maisons épiscopales ! ah ! le bon temps que nous font les rois franks !…

— Ronan l’a dit : Le feu est à la vieille Gaule… dansons, buvons sur ses décombres… et faisons l’amour dans la cendre des palais !…

— Oh ! grand évêque ! oh ! béni sois-tu, grand Saint-Rémi ! qui, dans la basilique de Reims, au milieu de l’encens et des fleurs, il y a cinquante ans et plus, as baptisé Clovis, fils soumis de l’Église de Rome ! Béni sois-tu, grand Saint-Rémi ! tu as baptisé l’esclavage, le pillage, l’incendie, le viol et le massacre !…

— Et toi, saint évêque de Tours, lorsque Clovis, ce royal meurtrier, encensé par tes diacres, est sorti de ta basilique, enrichie des