Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/93

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dons splendides de ce conquérant, de ta basilique où il venait de ceindre le diadème d’or et de revêtir la pourpre souveraine, cette pourpre, c’était le sang des derniers Gaulois valeureux ! cette couronne, c’était l’or de la Gaule… et toi, grand saint évêque ! toi et ton clergé vous chantiez : Hosanna ! hosanna ! devant ce pillard, ce massacreur de notre pauvre patrie conquise !…

— Où est-elle ? où est-elle, la fière et virile Gaule du chef des cent vallées, des Sacrovir, des Vindex, des Civilis, des Victoria ?

— Qui a hérité de la vaillance de la Gaule ? les Vagres… Loups et Têtes de loups ! puisque eux seuls ils luttent contre les barbares…

— Et nous sommes traqués comme bêtes de forêt…

— Mais qui s’y frotte est mordu ; nous avons l’ongle aigu, la dent tranchante…

— Et ils nous appellent des pillards…

— Des meurtriers…

— Des sacrilèges…

— Frères, nous accuser ainsi, n’est-ce point manquer de respect à nos glorieux et nouveaux maîtres, rois, ducs et comtes franks ? nous les imitons de notre mieux : ils tuent, nous tuons ; ils pillent, nous pillons ; ils violent… non, nous ne violons pas, assez de jolies filles nous arrivent en Vagrerie… voyez plutôt ces gaies commères…

— Aussi vrai que je m’appelle Florence, aussi vrai que j’ai vingt ans, la jambe fine et la taille cambrée, j’aime mieux donner à un joyeux Vagre ce que me ravirait un Frank ou un tonsuré !…

— Moi aussi !

— Moi aussi !

— Mes sœurs, mes sœurs ! sinistre est le temps où nous vivons ! — dit l’évêchesse en déroulant au vent de la nuit sa longue chevelure noire. — Jours de sanglantes fureurs ! jours de débauche effrénée : le concubinage, l’adultère, l’inceste sur le trône et sur l’autel !… jours d’ardent vertige, où l’on court au mal avec une joie farouche… Saintes vertus de nos mères ! chaste tendresse ! fier et pudique amour !