Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 4.djvu/95

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— Cesdits Vagres m’ont vendu à un marchand d’esclaves, lequel m’a revendu à l’évêque de…

— Au diable le rhétoricien… le voici voyageant par monts et par vaux !

— C’est souvent l’effet de la rhétorique de vous entraîner ainsi à travers les plaines de l’imagination… Mais je reviens à ce que je veux vous prouver logicè… c’est ceci : Que nous n’avons point à prendre souci des leudes et bandes armées qui peuvent nous poursuivre, parce que logicè… le Seigneur Dieu fera un miracle en notre faveur pour nous débarrasser de nos ennemis.

— Un miracle en notre faveur… à nous, Vagres ? Sommes-nous donc si bien avec le ciel !

— Nous y sommes d’autant mieux, que nous agissons davantage en loups, en vrais loups… Aussi, logicè, le Seigneur nous délivrera-t-il de nos ennemis par des miracles… Et ce, je vais vous le prouver.

— À la preuve, docte Symphorien… à la preuve !

— M’y voici… Et d’abord, frères, dites-moi sous quelle royale griffe est tombée cette belle terre d’Auvergne ?

— Sous la griffe de Clotaire, le dernier et digne fils du glorieux roi Clovis… puisque ayant récemment épousé la veuve de son petit-neveu Théodebald, ce Clotaire possède un double droit sur la province d’Auvergne… le voici donc, cette année 558, seul roi de toute la Gaule conquise.

— Or ce Clotaire est l’épouseur du genre humain… Qui n’a-t-il pas épousé ? qui n’épousera-t-il pas ? Les évêques l’ont marié autant de fois qu’il lui a plu, et du vivant de la plupart de ses femmes ; ils l’ont marié à Gundioque, femme de son propre frère ; ils l’ont marié à Radegonde, à Ingonde, et quinze jours après, à la sœur de celle-ci, nommée Aregonde ; ils l’ont marié à Chemesne, à bien d’autres encore, et en dernier lieu à cette Wultrade, veuve de son petit-neveu Théodebald ; mais ce sont là des peccadilles…

— Docte et doctissime Symphorien, tu nous a promis de nous