Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 5.djvu/264

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mais lui leur faisant signe de se rasseoir : — Restez assis, mes enfants ; j’aime mieux vous voir le nez baissé sur vos cahiers d’étude, que le nez en l’air, sous prétexte de respect à mon égard. — Maître Clément, directeur de l’école palatine, se disposait à descendre de sa chaire ; mais Karl s’écria : — Reste sur ton trône de sapience, mon digne maître ; je ne suis ici que l’un de tes sujets ; je désire seulement jeter un coup d’œil sur les travaux de ces enfants, savoir de toi s’ils te satisfont et s’ils ont progressé en mon absence. Voyons les travaux de ce jour.

L’empereur se piquait fort de belles-lettres ; il s’assit sur un siège près de la chaire de Clément, et examina longuement plusieurs cahiers qui lui furent soumis par différents écoliers ; mais les élèves appartenant à des parents nobles ou riches ne présentèrent à l’empereur que des travaux médiocres ou détestables, tandis qu’au contraire, les élèves les plus pauvres, ou des conditions les moins élevées, présentèrent des ouvrages tellement distingués, que Karl s’écria en se tournant vers Amael : — Si tu étais plus lettré, seigneur Breton, tu apprécierais comme moi ces lettres et ces vers que je viens de parcourir ; les plus douces saveurs de la science se font sentir dans la plupart de ces écrits. — Et Karl, s’adressant aux écoliers : — « Je vous loue beaucoup, mes enfants, de votre zèle à remplir mes intentions ; efforcez-vous d’atteindre à la perfection, et je vous donnerai de riches évêchés, de magnifiques abbayes. » — Puis, fronçant le sourcil, en jetant un regard irrité sur les nobles paresseux et sur les riches fainéants, il ajouta : — « Quant à vous, fils des principaux de la nation, quant à vous, enfants délicats et fort gentils, d’ailleurs, qui, vous reposant sur votre naissance et sur votre fortune, avez négligé mes ordres et vos études, préférant le jeu et la paresse… quant à vous ! — s’écria-t-il de plus en plus courroucé en frappant le plancher de sa canne, — que d’autres vous admirent ; je ne fais, moi, aucun cas de votre naissance et de votre fortune !… Écoutez et retenez ces paroles : Si vous ne vous hâtez de