Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/190

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nous attendions à les apprendre de lui au moment même de notre fuite.

Nous nous étions tous levés de table au moment où la mère Major avait dit : — Allons coucher.

Après s’être entretenu quelques instants, à voix basse, avec la mégère, debout à l’entrée de notre tente, la Levrasse appela le pitre, et lui parla aussi à l’oreille.

Comme ces trois personnages se trouvaient dans l’ombre, je ne pus voir leurs mouvements ; seulement je crus entendre le choc de deux bouteilles l’une contre l’autre.

Pendant ce temps-là, l’homme-poisson, qui avait jusqu’alors paru complètement étranger à ce qui se passait, allait et venait, s’occupant, selon sa coutume, de rassembler nos couverts de fer, nos gobelets et nos assiettes d’étain.

Basquine s’approcha de moi, et me dit tout bas d’une voix altérée :

— Bamboche ne revient pas… où est-il… que faire ?

— Je ne sais pas, — lui dis-je, consterné.

— Ne buvez pas de vin sucré… et prenez garde à vous cette nuit… — nous dit rapidement et bien bas l’homme-poisson en passant auprès de nous, chargé d’une pile d’ustensiles.

— Allons… la marmaille… au chenil ! — s’écria la mère Major en se retournant vers nous.

— Tant pis pour ce gredin de Bamboche, il couchera avec Lucifer, si ça lui fait plaisir.

Quelques minutes après, nos quinquets étaient éteints et renfermés dans une forte caisse, ainsi que notre vaisselle ; il ne restait au dehors que notre tente,