Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/319

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» — Alors, Monsieur, que penserez-vous de Saint Jean-Chrysostome qui dit en propres termes :

» Voici l’idée qu’on doit se faire des riches et des avares, ce sont des voleurs qui assiègent la voie publique, dévalisent les passants, et font de leurs chambres des cavernes où ils enfouissent le bien d’autrui.

» Et pour dernier trait, l’indigne Claude ajouta :

» — Vous renierez donc aussi Saint Ambroise, Monsieur le marguillier, car il dit formellement : la propriété est une usurpation [1].

» — Mais, Monsieur, — s’écria le pauvre Bouchetout, étourdi, suffoqué ; — mais, Monsieur, vos saints Pères de l’église étaient donc une bande de coupe-jarrets ! de jacobins ! d’anarchistes ! de révolutionnaires ! de sans-culottes ! de monstrueux ennemis de l’héritage et de la famille, de l’ordre et de la paix ! Et vous curé… vous… qui ne m’avez jamais dit un mot de cela.

» Je vins au secours de Bouchetout ; je tenais doublement à le rassurer, car ces citations des Pères de l’église pouvaient complètement le dérouter, je le connais, tout bon catholique et digne marguillier qu’il est, il allait me dire après réflexion :

» — Mais vous ne m’aviez jamais parlé de ces Pères de l’Église qui regardent les propriétaires et les riches

  1. Nous empruntons les citations précédentes à l’Évangile devant le siècle, par M. Simon Granger. (Paris 1846. In 12. Société bibliophile, 4, rue de l’École-de-Médecine.) Il est impossible de lire un travail plus consciencieux, plus savant, plus riche de faits, et écrit avec un plus excellent esprit. Rien n’est enfin plus curieux et d’un plus profond enseignement que de voir l’incroyable contraste qui existe entre les actes d’une société qui se dit chrétienne, et les enseignements sacrés qui sont l’essence même du christianisme.