Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/34

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Sa femme ne m’avait pas trompé dans sa lettre ; et elle, l’as-tu vue ? la femme ?

— Oui, toujours infirme et alitée de son côté. Ah ! bourgeois, c’est à fendre le cœur que de voir ce père et cette mère malades, entourés de ce troupeau d’enfants déguenillés et mourant de faim.

— Tu vois ! le charron est moribond, — répéta la Levrasse d’un air pensif en regardant la mère Major.

— C’est ce qui te prouve, — dit celle-ci, — qu’il faudra nous dépêcher de partir d’ici.

— Oui, oui, le plus tôt sera le mieux, — répondit la Levrasse.

Cette détermination de la Levrasse me causa une grande joie. Bamboche serait si heureux d’apprendre que bientôt il verrait Basquine ! Dès lors ma seule pensée fut de chercher le moyen de parvenir auprès de mon compagnon, afin de lui annoncer une si heureuse nouvelle.

La Levrasse, s’adressant au voiturier, lui mit quelque argent dans la main en disant :

— Allons ! tiens, voilà pour toi ; tes chevaux sont reposés. Va-t-en.

— Oh ! oh ! moi, je ne m’en vas pas comme ça sans deux choses, bourgeois, — répondit le charretier.

— Quelles choses ?

— D’abord, bourgeois, je voudrais voir ce petit Bamboche, ce malin singe si futé ; il est méchant comme un diable ; mais il m’égaie à voir…

— Bamboche dort, — dit brusquement la Levrasse.

— Allons, tant pis, bourgeois, tant pis ; la seconde chose, c’est un pour-boire.