Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/93

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n’achète pas chat en poche, moi, je veux voir clair à mes affaires…

J’aidai mon bourgeois à placer le banc auprès des croisées, formant un angle droit avec elles ; le jour, effleurant ainsi les chevelures, permettait de mieux juger de leurs reflets.

— Allons, mes poulettes, allons, — dit la Levrasse, — le marché est ouvert…

Toutes ces pauvres créatures s’empressèrent de s’asseoir sur ce banc… moins celle qui restait toujours à demi cachée dans l’ombre de la cheminée, et dont je ne distinguais que la coiffe blanche et les pieds nus.

— Eh !… vous, là-bas ! — lui dit la Levrasse, — est-ce que vous ne venez pas ?… il y a encore place.

— Tout-à-l’heure, Monsieur… — répondit une voix douce et craintive qui me parut altérée par les larmes.

— Bien, bien, — dit la Levrasse, — aux derniers les bons… n’est-ce pas ? vous voulez vous faire désirer… À votre aise, ma fille, ces ficelles-là sont connues… et vous n’y gagnerez pas un liard de surenchère.

Puis, se retournant vers les femmes assises sur le banc, il ajouta :

— Allons, mes poulettes… à bas les coiffes !

Pendant quelques secondes, un sentiment de regret, de honte, presque de pudeur, sembla tenir ces femmes immobiles. Enfin, une de celles qui paraissaient le plus résignées, ôta brusquement sa mauvaise coiffe d’indienne.

Ce geste fut comme un signal, toutes les chevelures dénouées tombèrent sur le front et sur les épaules de ces