Page:Sulte - Histoires des Canadiens-français, 1608-1880, tome VI, 1882.djvu/121

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
106
HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

1714 : Marigny de Mandeville, commandant, Bagot, capitaine, Blondel, lieutenant, La Tour, lieutenant, Villiers, enseigne, Terrine, officier, Lamothe, lieutenant, Barbetan, aide-major. Clérac, lieutenant, Du Tisné, enseigne, Chesnier, enseigne ; 1716 : Rauzon et Labarre, agents d’Antoine Crozat, et Pailloux, aide-major.

Le 25 octobre 1713, Duclos écrivait au ministre : « Je ne saurais trop exalter la manière admirable dont M. de Bienville a su s’emparer de l’esprit des sauvages pour les dominer. Il a réussi, par sa générosité, sa loyauté, sa scrupuleuse exactitude à tenir sa promesse et toute promesse faite, ainsi que par la manière ferme et équitable dont il rend la justice entre les différentes nations qui le prennent pour arbitre. Il s’est surtout concilié leur estime en sévissant contre tout vol ou déprédation commis par les Français, qui sont obligés de faire amende honorable chaque fois qu’ils ont fait quelque injure à un sauvage. »

Les règlements apportés par Lamothe-Cadillac changeaient la base du trafic de La colonie. Bientôt les navires des îles cessèrent de commercer avec le Mississipi. Les habitants se virent contraints de ne vendre le peu qu’ils produisaient qu’aux employés de Crozat, lesquels fixaient les prix à leur guise[1], si bien que les chasseurs préféraient porter leurs pelleteries aux comptoirs anglais et même jusqu’au Canada. Tout le système de la compagnie consistait à ruiner les colons pour augmenter ses propres bénéfices ; on ne comprit pas que plus une colonie est riche, plus le commerce est prospère. Au Canada, les Cent-Associés s’étaient comportés de la sorte, au grand désavantage de tout le monde et d’eux-mêmes tout les premiers. La durée du privilège de Crozat devait être de quinze ans, à condition d’envoyer de France, régulièrement, un certain nombre de navires chargés de cultivateurs et des ustensiles, marchandises et subsistances nécessaires au développement de la colonie. Comme les Cent-Associés, le sieur Crozat fit de ces conditions une lettre morte.

En 1712, les forts de la Louisiane n’étaient que de misérables constructions en palissades, en lataniers et en terre, situés à Mobile, Biloxi, à l’île aux Vaisseaux, à l’île Dauphine et à l’entrée du fleuve. Cet éparpillement constituait une cause de faiblesse. L’État de la Louisiane actuel ne renfermait pas la huitième partie de la population totale ainsi distribuée.

Le mode de peuplement adopté par Crozat se ressentait des idées du temps et découlait des principes erronés des entrepreneurs de cette nouvelle colonisation. M. Duclos écrivait au ministre le 15 juillet 1713 : « Il nous est venu douze filles que M. de Clérembault a fait embarquer au Port-Louis, mais si laides et si mal faites que les habitants de ce pays-ci, et surtout les Canadiens, ont fort peu d’empressement pour elles. Il y en a cependant deux de mariées. J’appréhende fort que les autres nous restent longtemps sur les bras. Il me paraît que, dans un pareil choix, M. de Clérembault devrait plutôt s’attacher à la figure qu’à la vertu. Les Canadiens, et surtout les voyageurs, dont nous avons trouvé ici un grand nombre, qui sont tous gens bien faits, ne sont pas fort scrupuleux sur la conduite que les filles ont eue

  1. Voir sur ce sujet et quelques autres, les Édits et Ordonnances, I. 327.