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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

deux dernières, forme le Mississipi. Il me fit, avec du charbon, la carte de ces pays et y plaça les rivières selon ses remarques.[1] J’attends, ce printemps,[2] plusieurs Sauvages que l’on m’assure avoir été bien bas dans le fleuve de l’ouest, qui me pourront donner la carte du chemin jusqu’aux endroits où ils ont été. Un esclave adopté chez les gens des Terres et donné au vieux Grapau, chef du pays plat, par les Cris, après avoir été fait prisonnier par les Asseniboils, sur le continent qui est à la gauche[3] du fleuve de l’ouest, rapporte que les villages sont là très nombreux, qu’il y en a plusieurs de près de deux lieues de longueur ; que les profondeurs sont habitées comme la devanture du fleuve, dont tous les Sauvages, selon son rapport, y font quantité de grains. Les fruits y sont abondants. On ne voit que bêtes pour la chasse, qui ne se fait qu’avec l’arc et les flèches. On n’y sait ce que c’est que canot. Comme il n’y a point de bois dans tout ce vaste continent, on fait sécher de la fiente de bêtes pour faire du feu.[4] Il ajoute qu’il a passé plusieurs fois à la vue de la montagne dont la pierre luit jour et nuit ; que de cet endroit on commence à s’apercevoir du flux et reflux ; que depuis le lac[5] auprès duquel est la rivière Rouge, jusqu’à bien plus bas que la montage[6] il n’y a point d’habitation sauvages ;[7] qu’il n’a jamais ouï parler s’il y avait loin de là à la mer ; qu’il ne pense pas qu’il y ait d’hommes assez hardis pour entreprendre de passer devant les différentes nations[8] qui se trouvent ensuite en grand nombre, à dessein d’en faire la découverte. Il fait mention de toutes les particularités que contenait le mémoire que j’eus l’honneur de vous envoyer l’année dernière, par le révérend père Gonore, assurant qu’il y a sur la droite du fleuve une nation de nains[9] qui n’ont que trois pieds environ, nation du reste fort nombreuse et fort brave ; et qu’à l’endroit enfin où le flux et reflux commence le fleuve a plus de trois lieues de large. Par rapport au guide, j’ai fait choix d’un nommé Ochakah Sauvage de mon poste, fort attaché à la nation française, le plus en état de bien guider le convoi, et dont il n’y a pas lieu de craindre qu’on soit abandonné dans la route.[10] Lorsque je lui proposai de me conduire à la grande rivière de l’ouest, il me répondit que j’étais maître de lui et qu’il marcherait dès que je voudrais. Je lui donnai un collier par lequel, selon leur manière de parler, je liais sa volonté à la mienne, disant qu’il eût à se tenir prêt pour le temps que j’aurais besoin de lui, et lui marquant la saison de l’année que je pourrais me trouver au pays plat, à dessein d’aller faire la découverte de la mer de l’ouest, si j’avais l’honneur, monsieur, de recevoir vos ordres pour cela. Je lui fis ensuite des présents pour l’affectionner davantage et l’affermir dans ses promesses. Outre cela, j’ai pris connaissance du chemin par différents Sauvages : tous rapportent, comme lui, qu’il y a trois routes ou rivières qui con-

  1. Toutes vagues que soient ces données, ne s’agissait-il pas du Missouri, du Mississipi, la Rivière Rouge et l’Assiniboine ?
  2. La Vérendrye écrivait donc du lac Nipigon, au printemps de 1729.
  3. Pays des Sioux.
  4. C’est encore la pratique aujourd’hui.
  5. Lac Winnipeg.
  6. Montagnes-Rocheuses.
  7. Ce sont les fameuses prairies de l’ouest.
  8. Les fils de la Vérendrye ont traversé ces territoires pour se rendre aux Montagnes-Rocheuses.
  9. Les sauvages ne manquaient jamais d’introduire le fabuleux dans leurs récits.
  10. La Vérendrye connaissait l’esprit capricieux des sauvages qui, au moindre incident, retirent leur parole, sans s’inquiéter des conséquences.