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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

Les conseillers législatifs canadiens-français étaient : R.-E. Caron, Barthélémi Joliette, Jules Quesnel, Franç.-P. Bruneau, Étienne Mayrand, Olivier Berthelot, J.-B. Taché. Dans les chambres les employés de notre origine étaient Charles de Léry, assistant-greffier ; Olivier Vallerand, sergent-d’armes ; G.-B. Faribault, assistant-greffier ; Henri Voyer, traducteur français ; P.-E. Gagnon, greffier des registres français. Le premier orateur de l’assemblée législative fut M. Augustin Cuvillier.

Durant cette session un bureau de commissaires commença l’étude de la tenure seigneuriale du Bas-Canada, en vue de la réformer ou de l’abolir, tout en ayant égard aux droits des parties intéressées. Il devait s’écouler dix ou douze ans avant que cette question délicate ne fut réglée.

Lord Sydenham, tué par une chute de cheval avant la fin de la session de 1841, eut pour successeur sir Charles Bagot qui se montra bien disposé envers les Canadiens. Ce nouveau gouverneur nomma juge en chef à Montréal M. Vallières et surintendant de l’instruction publique du Bas-Canada M. Meilleur. Il ouvrit des négociations avec M. Lafontaine pour faire entrer celui-ci dans le ministère ; la question du gouvernement responsable faisait du progrès, mais M. Lafontaine ne voulut rien accepter avant que de la voir parfaitement comprise de tous.

M. Lafontaine, battu à Terrebonne, avait été élu dans un comté du Haut-Canada ouvert par les libéraux. Durant la session de 1842, il eut occasion de revendiquer les droits de la langue française, méconnus à dessein par l’acte d’Union, et le sujet s’enchaînant aux griefs, que le Bas-Canada ressentait si vivement depuis de nombreuses années, il fit entendre une profession de foi politique dont les hommes de bon sens ne pouvaient que reconnaître l’honnêteté de l’à-propos. Le 15 septembre, Lafontaine et Baldwin prêtaient serment comme chefs du ministère et M. A.-N. Morin devenait aussi ministre. C’était un triomphe inattendu.

Les moyens injustes employés pour anéantir l’influence des Canadiens-Français dans la politique du pays avaient tourné contre leurs auteurs. Bien plus, il fallait désormais se soumettre à ce que nous avons appelé la double majorité, c’est-à-dire que, tout en prétendant ne voir dans les Canadas unis qu’une seule province, il était indispensable de composer le ministère en deux parties distinctes avec chacun un premier ministre avoué. Les administrations se nomment de 1842 à 1867, Lafontaine-Baldwin, Macdonald-Cartier, Brown-Dorion, etc.

L’entrée de MM. Lafontaine et Morin au ministère (1842) renversait les projets de l’oligarchie et donnait aux Canadiens-Français plus qu’ils n’osaient espérer. « C’était la première fois, écrit M. L.-P. Turcotte, que les Canadiens se trouvaient dans une semblable position, leur rôle jusque là ayant toujours été forcément celui de l’opposition au gouvernement établi. C’était la première fois qu’ils pouvaient accorder leur approbation la plus complète à la politique du représentant de la reine. Ils n’avaient encore que la seule espérance de voir adoucir leurs maux, comme conséquence de la doctrine fondamentale de la responsabilité, et ils s’empressaient de témoigner publiquement leur plus vive satisfaction à l’égard