Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/109

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quels je rencontrai un de mes anciens camarades, nommé Pierre Williams, qui parla avantageusement de moi au capitaine. Ce galant homme me fit un très-bon accueil, et me pria de lui apprendre d’où je venais et où j’allais ; ce que je fis en peu de mots ; mais il crut que la fatigue et les périls que j’avais courus m’avaient fait tourner la tête : sur quoi je tirai mes vaches et mes moutons de ma poche, ce qui le jeta dans un grand étonnement, en lui faisant voir la vérité de ce que je venais de lui raconter. Je lui montrai les pièces d’or que m’avait données le roi de Blefuscu, aussi bien que le portrait de sa majesté en grand, avec plusieurs autres raretés de ce pays. Je lui donnai deux bourses de deux cents spruggs chacune, et promis, à notre arrivée en Angleterre, de lui faire présent d’une vache et d’une brebis pleines.

Je n’entretiendrai point le lecteur du détail de ma route : nous arrivâmes aux Dunes le 13 d’avril 1702. Je n’eus qu’un seul malheur, c’est que les rats du vaisseau emportèrent une de mes brebis. Je débarquai le reste de mon bétail en santé, et le mis paître dans un parterre de jeu de boules à Greenwich.

Pendant le peu de temps que je restai en Angleterre, je fis un profit considérable en montrant mes petits animaux à plusieurs gens de