Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/121

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Cependant je ne pouvais m’empêcher de gémir et de verser des larmes ; et, en tournant la tête, je lui faisais entendre, autant que je pouvais, combien il me faisait de mal par son pouce et par son doigt. Il me parut qu’il comprenait la douleur que je ressentais ; car, levant un pan de son juste-au-corps, il me mit doucement dedans, et aussitôt il courut vers son maître, qui était un riche laboureur, et le même que j’avais vu d’abord dans le champ.

Le laboureur prit un petit brin de paille environ de la grosseur d’une canne dont nous nous appuyons en marchant, et avec ce brin leva les pans de mon juste-au-corps, qu’il me parut prendre pour une espèce de couverture que la nature m’avait donnée : il souffla mes cheveux pour mieux voir mon visage ; il appela ses valets, et leur demanda, autant que j’en pus juger, s’ils avaient jamais vu dans les champs aucun animal qui me ressemblât. Ensuite il me plaça doucement à terre sur les quatre pattes ; mais je me levai aussitôt et marchai gravement, allant et venant, pour faire voir que je n’avais pas envie de m’enfuir. Ils s’assirent tous en rond autour de moi, pour mieux observer mes mouvemens. J’ôtai mon chapeau, et je fis une révérence très-soumise au paysan ; je me jetai à ses genoux, je levai les mains et la tête, et