Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/122

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je prononçai plusieurs mots aussi fortement que je pus. Je tirai une bourse pleine d’or de ma poche, et la lui présentai très-humblement. Il la reçut dans la paume de sa main, et la porta bien près de son œil pour voir ce que c’était, et ensuite la tourna plusieurs fois avec la pointe d’une épingle qu’il tira de sa manche ; mais il n’y comprit rien. Sur cela, je lui fis signe qu’il mît sa main à terre, et, prenant la bourse, je l’ouvris et répandis toutes les pièces d’or dans sa main. Il y avait six pièces espagnoles de quatre pistoles chacune, sans compter vingt ou trente pièces plus petites. Je le vis mouiller son petit doigt sur sa langue, et lever une de mes pièces les plus grosses, et ensuite une autre ; mais il me sembla tout à fait ignorer ce que c’était : il me fit signe de les remettre dans ma bourse, et la bourse dans ma poche.

Le laboureur fut alors persuadé qu’il fallait que je fusse une petite créature raisonnable ; il me parla très-souvent ; mais le son de sa voix m’étourdissait les oreilles comme celui d’un moulin à eau ; cependant ses mots étaient bien articulés. Je répondis aussi fortement que je pus en plusieurs langues, et souvent il appliqua son oreille à une toise de moi, mais inutilement. Ensuite il renvoya ses gens à leur travail, et, tirant son mouchoir de sa poche, il