Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/128

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quoique je sois blond, et que je passe pour avoir le teint assez beau.

Après le dîner, mon maître alla retrouver ses ouvriers ; et, à ce que je pus comprendre par sa voix et par ses gestes, il chargea sa femme de prendre un grand soin de moi. J’étais bien las, et j’avais une grande envie de dormir, ce que ma maîtresse apercevant, elle me mit dans son lit, et me couvrit avec un mouchoir blanc, mais plus large que la grande voile d’un vaisseau de guerre.

Je dormis pendant deux heures, et songeai que j’étais chez moi avec ma femme et mes enfans, ce qui augmenta mon affliction quand je m’éveillai, et me trouvai tout seul dans une chambre vaste de deux ou trois cents pieds de largeur, et de plus de deux cents de hauteur, et couché dans un lit large de dix toises. Ma maîtresse était sortie pour les affaires de la maison, et m’avait enfermé au verrou. Le lit était élevé de quatre toises : cependant quelques nécessités naturelles me pressaient de descendre, et je n’osais appeler ; quand je l’eusse essayé, c’eût été inutilement, avec une voix comme la mienne, et y ayant une si grande distance de la chambre où j’étais à la cuisine où la famille se tenait. Sur ces entrefaites, deux rats grimpèrent le long des rideaux, et se mirent à cou-