Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/157

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prit pour un jeune singe, parce qu’avec son autre patte il flattait doucement mon visage.

Il fut tout à coup interrompu par un bruit à la porte du cabinet, comme si quelqu’un eût tâché de l’ouvrir : soudain il sauta à la fenêtre par laquelle il était entré, et de là sur les gouttières, marchant sur trois pattes et me tenant de la quatrième jusqu’à ce qu’il eût grimpé à un toit attenant au nôtre. J’entendis dans l’instant jeter des cris pitoyables à Glumdalclitch. La pauvre fille était au désespoir, et ce quartier du palais se trouva tout en tumulte : les domestiques coururent chercher des échelles ; le singe fut vu par plusieurs personnes assis sur le faîte d’un bâtiment, me tenant comme une poupée dans une de ses pattes de devant, et me donnant à manger avec l’autre, fourrant dans ma bouche quelques viandes qu’il avait attrapées, et me tapant quand je ne voulais pas manger ; ce qui faisait beaucoup rire la canaille qui me regardait d’en bas ; en quoi ils n’avaient pas tort ; car, excepté pour moi, la chose était assez plaisante. Quelques-uns jetèrent des pierres, dans l’espérance de faire descendre le singe ; mais on défendit de continuer, de peur de me casser la tête.

Les échelles furent appliquées, et plusieurs hommes montèrent. Aussitôt le singe effrayé