Page:Swift - Gulliver, traduction Desfontaines, 1832.djvu/180

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


primer aussi bien que les Chinois ; mais leurs bibliothèques ne sont pas grandes : celle du roi, qui est la plus nombreuse, n’est composée que de mille volumes rangés dans une galerie de douze cents pieds de longueur, où j’eus la liberté de lire tous les livres qu’il me plut. Le livre que j’eus d’abord envie de lire fut mis sur une table sur laquelle on me plaça : alors, tournant mon visage vers le livre, je commençai par le haut de la page ; je me promenai dessus le livre même, à droite et à gauche, environ huit ou dix pas, selon la longueur des lignes, et je reculai à mesure que j’avançais dans la lecture des pages. Je commençai à lire l’autre page de la même façon, après quoi je tournai le feuillet ; ce que je pus difficilement faire avec mes deux mains ; car il était aussi épais et aussi raide qu’un gros carton.

Leur style est clair, mâle et doux, mais nullement fleuri, parce qu’on ne sait parmi eux ce que c’est de multiplier les mots inutiles et de varier les expressions. Je parcourus plusieurs de leurs livres, surtout ceux qui concernaient l’histoire et la morale ; entre autres, je lus avec plaisir un vieux petit traité qui était dans la chambre de Glumdalclitch. Ce livre était intitulé : Traité de la faiblesse du genre humain, et n’était estimé que des femmes et du petit